Autres : Histoire du Parc des Sports de Laval
Quand le sport se mêle à l'Histoire
By Fabien CHAUVEL
[Dans le cadre de mon interminable cursus scolaire, j'ai eu la chance de présenter, dans le cadre de l'option Patrimoine Culturel, le parc des Sports de la ville de Laval, ville où je suis étudiant. Et évidemment, qui dit Parc des Sports, dit Stade Francis LeBasser. Et qui dit Stade Francis LeBasser dit Stade Lavallois Mayenne Football Club. Alors je me disais de pourquoi pas partager mon travail, qui a été apprécié du professeur, l'excellent Stéphane Hiland (nAn, j'fais pas d'lèche, j'suis sérieux !), et aussi de mes camarades aux apparences. Cela reste, je peux l'admettre, succinct. Mais cela permet aussi de se faire une idée du sport et surtout du football en Mayenne. Pour ceux qui auraient vraiment un train de retard... Sur l'Histoire, je conseille un excellent blog du Net qui retrace de façon simple et claire l'histoire du Stade Lavallois de façon somme toute plus détaillée et complète. Un musée virtuel signé Laurent Villebrun, qui mérite vraiment qu'on s'y intéresse : Stade Lavallois Museum. Une vraie petite pépite !]
Le parc des Sports de Laval se situe le long de l'ancienne route de Mayenne sur les terres de l’ancienne ferme des "Grands Carrés". C’est là que se trouvait aussi l’ancien hippodrome de Bellevue dont je vous narrerais brièvement l’histoire dans la suite de mon discours.
A l’époque, soucieux de promouvoir la pratique sportive, notamment auprès des jeunes, le conseil municipal de la ville de Laval décide en février 1961 la création d'un parc des sports. Aménagé sur un espace de 11 hectares, celui-ci est opérationnel à la fin de la décennie.
Laval compte bien entendu plusieurs terrains de football et autres « complexes sportifs », tel que les Francs Archers Boulevard Félix Grat, les terrains Kellermann à Saint-Nicolas, les infrastructures du Laval Bourny ou encore le complexe de l’USL. Mais ce parc des sports et ce stade Francis LeBasser renferment certainement les plus grandes émotions et la plus grande histoire sportive de la Ville, notamment au niveau footbalistique. A travers les époques, plusieurs grands noms du football ont foulé cette pelouse de LeBasser, de Tigana, Kombouaré, Burruchaga, ou encore Papin, à Ronaldinho, en passant par Oleg Blokhine lors de l’épopée européenne du club en 1983. Les Tangos ont même fait la Une du journal l’Equipe à l’époque (« Laval Grand d’Europe »), les médias s’intéressant à cette petite ville rurale mayennaise, avec peu de moyens, qui faisaient vibrer une France entière de football. Avec cette histoire sportive s’est aussi dessiné un parcours architectural du stade, qui reste l’antre emblématique de la ville encore aujourd’hui.
L’origine du parc des sports
La question de la création d'un parc des sports est soulevée pour la première fois par le conseil municipal en juin 1958. A l'époque il est envisagé de créer des terrains de sport sur la prairie située au centre de l'hippodrome. Mais, devant la difficulté de concilier l'utilisation du lieu par les chevaux et les sportifs, le projet est abandonné.
Pour la parenthèse sur l’hippodrome, c’est le 24 juin 1921 que le conseil municipal de Laval vote l'achat du terrain situé dans ce cadre champêtre au nord de la gare. Trois mois seulement suffiront à aménager "Bellevue", premier hippodrome lavallois. Le dimanche 23 octobre 1921 a lieu l'inauguration du tout nouvel hippodrome. 7 courses (3 trots, 3 steeple chase, 1 plate au galop) sont disputées, auxquelles prennent part 33 concurrents. Malgré quelques problèmes liés à la trop petite taille de l'unique tribune, la réunion connaît un franc succès. Mais l'hippodrome est victime de son succès. Ses installations vétustes ne suffisent plus à accueillir un public toujours plus nombreux. Ernest Jouanne, président de la société, décide l'acquisition en 1982 d'un nouveau site aux abords de la route de Nantes. Une dernière réunion hippique s'y déroule le dimanche 16 juin 1985. En guise de dernier hommage, le nouveau champ de courses de la route de Nantes sera baptisé du nom de "Bellevue La Forêt".
Pour le parc des sports, il est fait annonce de l'achat par la municipalité d'un espace de 11 hectares situé le long de l'ancienne route de Mayenne sur les terres de la ferme des "Grands Carrés" le 17 février 1961. C'est là qu'est progressivement aménagé dans les années qui suivent le parc municipal des sports. Achevé en 1968, celui-ci fait la part belle à toutes les disciplines : on peut y pratiquer le rugby, le basket, le hockey, le volley-ball ainsi que le tennis. Le football reçoit pour cadre un stade d'une capacité de 10 000 places avec tribune et gradins. Ce terrain est ceinturé par une piste longue de 400 m réservée aux compétitions d'athlétisme.
Le stade de football, qui sera baptisé Francis le Basser, en l'honneur du Sénateur-Maire de Laval de 1956 à 1971, est bientôt doté d'une grande tribune conçue par l'architecte Saint-Arroman. La couverture de celle-ci consiste en une gigantesque "toile" de béton tendue entre deux treillis métalliques. Cette architecture originale veille depuis 1969 sur les destinées de l'équipe du Stade Lavallois. Malheureusement, aujourd’hui, cette toiture spécifique n’existe plus, ayant laissé place pour quelque chose de plus consensuel et moins tape à l’œil.
L'ancien tribune présidentielle du stade Francis LeBasser
Créé en 1902, le Stade Lavallois accède en 1976 à l'élite du football national. Malgré des moyens modestes, le club acquiert très vite de bons résultats sous la houlette de deux hommes passionnés : le président Henri Bisson et l'entraîneur Michel Le Milinaire. De quoi devenir un véritable emblème pour la préfecture mayennaise.
Les grandes dates de l'histoire du stade lavallois commencent en septembre 1902, avec le premier match du stade lavallois battu par 5 à 1 par le voisin et non moins ennemi Stade Rennais. Puis le 7 juin 1965, en finale du championnat de France amateur à Paris, Laval s'incline 1 à 0 face au Gazélec d'Ajaccio. En mai 1972, Laval obtient son accession au championnat de 2e division. Et le 11 juin 1976, après quatre saisons en 2e division, Laval, en battant le Red Star 2 à 1, accède à la 1e division. Le summum intervient en mai 1983, quand grâce à une cinquième place en championnat de France de 1e division, le Stade Lavallois obtient le droit de participer à la Coupe d'Europe de l'UEFA. Malheureusement, le 30 mars 1988 marque le décès du président Henri Bisson. Comme un mauvais signe du destin, en mai 1989, le club redescend en 2e division, pour ne jamais remonter jusqu'à aujourd'hui. En 2006, le club descend même en National pour 3 saisons de purgatoire avant de retrouver l’élite il y a deux ans de cela sous la houlette du très bon Philippe Hinschberger.
Comme explicité précédemment, deux hommes vont marquer le club. Président-directeur général d'une entreprise de bonneterie-mercerie en gros de Laval, Henri Bisson, Gorronais d'origine, devient le 16 octobre 1947 le président de la section football du Stade Lavallois Omnisports. Dès lors, il s'attache viscéralement à l'équipe tango. Soucieux de la progression de ses joueurs, il confie en 1968 la tâche d'entraîneur à Michel Le Milinaire.Né le 7 juin 1931 à Kergrist-Moêlou à la frontière entre les départements des Côtes-d'Armor et du Finistère, cet ancien instituteur devenu conseiller pédagogique à l'Education Nationale vibre pour le football. Après avoir été lui-même joueur au sein du Stade Lavallois, il apporte en tant qu'entraîneur toute sa science du jeu à l'équipe, permettant à celle-ci d'accéder en 1976 au championnat de France de première division.
Les deux hommes connaîtront leur heure de gloire avec la participation du club en 1983 à une coupe européenne. En 1988, dorénavant privé de la présence de ce père spirituel, Michel Le Milinaire demeurera encore quelques saisons à Laval avant d'achever sa carrière d'entraîneur au Stade Rennais.
L'épopée européenne du Stade Lavallois
A l'automne 1983, le stade lavallois participe pour la première fois de son histoire à une coupe européenne de football. Cette aventure marque l'apogée de la vie du club.
Le tirage au sort de 32e de finale, qui a lieu en juillet 1983, désigne le Dynamo de Kiev comme adversaire du Stade Lavallois. La tâche paraît ardue : en effet, le club soviétique, mené par la star Oleg Blokhine, est considéré comme l'un des ténors du football européen. A la veille du match aller, qui se déroule le 14 septembre, les observateurs russes déclarent : "les Lavallois vont prendre au moins 6 buts en Ukraine tant leur défense est faible". A Kiev, devant 40 000 spectateurs, Laval obtient pourtant le match nul 0 à 0 grâce à une prestation héroïque de son gardien de but Jean-Michel Godard. Pour le match retour, le 29 septembre, 16 463 spectateurs se sont donnés rendez-vous au stade Francis Le Basser. Dans la liesse générale, Laval l'emporte 1 à 0 grâce à un but marqué par José Souto et se qualifie pour le tour suivant.
Le second tour de la coupe d'Europe débute mal pour les lavallois : les "tangos" sont battus 2 à 0 en Autriche par l'Austria de Vienne, obligation leur est donnée de s'imposer 3 à 0 au retour au stade Francis Le Basser. L'exploit est en passe d'être réalisé : à l'issue d'une première mi-temps de rêve, Laval tient sa qualification grâce à des buts de Séné, Miton et Stéphanini. La solidité physique des Autrichiens aura pourtant raison des lavallois. Ceux-ci sont rejoints au score en 2e mi-temps.
Laval faisait même la Une du grand quotidien sportif L'Equipe
Et Maintenant ?
Durant l'été 2001, le stade Francis Le Basser a subi d'importantes modifications afin de répondre aux nouvelles normes de la Ligue de Football, et pour le plaisir des spectateurs. Il est donc décidé de créer une nouvelle tribune en face des Présidentielles et de rapprocher les spectateurs du terrain. Exit donc la piste d'athlétisme (elle est désormais située sur l'ancien hippodrome, a quelques mètres du Stade), et création d'une nouvelle tribune : la Tribune Nord ou Tribune Crédit Mutuel en raison du sponsor. Plus grande et plus spacieuse que l'ancienne, cette tribune aux couleurs du Stade Lavallois MFC possède une capacité de 4872 places, toutes assises. Une plate-forme a été prévue également pour accueillir les caméras lors des retransmissions télévisées.
En février 2007, toujours dans l'objectif de répondre au mieux aux attentes des supporters, la billetterie a été entièrement refaite. Les quatre guichets vétustes et peu pratiques ont laissés place à un nouvel ensemble constitué de 9 guichets.
Quant aux dimensions du terrain, elles sont de 104 m x 65 m. La capacité du stade approche les 19000 places (18739 pour être précis), dont 10739 places assises.
Mais ce qui fait l'actualité aujourd'hui, c'est le projet de grand stade Francis LeBasser au même emplacement que le stade actuel. Cette volonté de rénover résulte d'une exigence de la ligue de football. Le vieux stade Francis Le Basser de 1971, avec ses deux vieilles tribunes et ses 11 000 places assises, est inadapté et peu confortable. Les recettes des matches sont trop faibles. Un club moderne doit développer d'autres services comme le merchandising. Mais pour l'heure, le projet est embryonnaire puisqu'il s'agit seulement de rédiger le cahier des charges... Mais le président du stade lavallois avance son projet de grand stade.
Alors, on peut se demander à quoi pourrait ressembler ce stade. Ce serait un stade de 25 000 places. Un grand stade à l'anglaise, fermé, permettant une proximité entre les joueurs et les spectateurs. Dans le projet défendu par Philippe Jan, chaque spectateur sera à moins de 90 mètres du rond central et à moins de 150 mètres du point de corner opposé. On parle aussi d'un stade écolo avec panneaux photovoltaïques, acoustique et éclairage de qualité, écran géant de 12x6 mètres... Le stade doit être ouvert 365 jours par an. Ce serait un lieu de vie. On pourrait y trouver de l'hôtellerie, de la restauration, des boutiques, des supermarchés, des agences bancaires, une salle de séminaire… Il se composerait de quatre tribunes. Cela passe par le déplacement de la tribune Crédit Mutuel de 5 700 places derrière le but, route de Mayenne. À la place, il faudrait construire une tribune haut de gamme de 7 000 places, avec des loges privatives, des vestiaires et salles de réception pour un montant de 6 millions d'euros. Rue Pierre de Coubertin, une tribune de 5 800 places serait construite ainsi qu'un parc d'activité économique. La tribune Actual serait agrandie à 6 500 places pour remplacer les deux tribunes en bois. Dans cette tribune, il est imaginé des salles de réception, divers espaces notamment celui retraçant l'histoire du club, comme un musée à l'intérieur du stade. Les travaux dureraient de cinq à six ans.
Concernant le coût d'un tel projet, le président du Stade Lavallois l'a chiffré à 18,5 millions d'euros (avec les travaux de voirie pour 2 millions d'euros). "Sans faire appel aux contribuables de l'agglomération", affirme Philippe Jan. Notamment en intégrant un pôle commercial dans l'enceinte du stade. Environ 9 500 m2 de surfaces commerciales seraient dédiés à la distribution. La location des 9 500 m2 rapporterait 1,14 million d'euros de revenu, par an. Un peu dans le même genre que le projet de Jean-Michel Aulas pour OL Land ou de ce qui peut se faire en Angleterre. Un projet intéressant... Mais pour un club de Ligue 2 comme Laval, serait-ce utile ? J'en doute. Mais avant de faire ce nouveau stade qui est loin d'être sorti de terre, le club a déjà tablé sur des infrastructures plus dignes de la Ligue 2 aux Gandonnières. Site qui aura droit à un article spécial dans quelques jours...
Le projet de grand stade du Stade Lavallois [Ouest-France]