Football : Atlético Madrid - Fulham (finale Europa League)
Une Madjer uruguayenne pour un trophée
2 - 1 (a.p.)
By Fabien CHAUVEL
Cette coupe de l'Europa League nous a réservé beaucoup de surprises. Des mauvais pour nos trois clubs français, Toulouse, Marseille et Lille, des meilleurs pour les Espagnols et les Anglais, et surtout pour un club de chacune de ces nations : l'Atletico Madrid et Fulham. Tous deux très décevants en championnat, ils ont su saisir leur chance en coupe d'Europe, et surtout Fulham. Autant les Madrilènes sortent de la Champion's League et ont un vécu européen. Autant les Londoniens de Fulham vivent à Hambourg, en ce mercredi soir, leur première finale de Coupe d'Europe. Avec très peu de stars, Damian Duff étant certainement le joueur le plus connu et reconnu, les hommes de Roy Hodgson ont fait des miracles durant leur parcours. Car leur parcours a été semé de sacrés embûches de grosse écuries européennes. Après avoir éliminé le Shaktior Donestk, qui était ni plus ni moins le tenant du titre, les Anglais ont aussi éliminé Wolfsburg, champion d'Allemagne en titre, relégué lui aussi de Champion's League, puis la Juventus Turin, elle-même reversée de Ligue des Champions. Après une lourde défaite au match aller (1-3), nos voisins d'Outre-Manche vont réaliser l'exploit et éliminer la Vieille Dame après une victoire exceptionnelle au retour (4-1). En demi-finale, la tâche s'annonçait aussi ardue face à Hambourg, ville où la finale se déroulait ce mercredi soir. Mais une nouvelle fois, à force de courage et d'abnégation, les Anglais allaient se sortir d'une situation délicate et se qualifier pour la finale. Historique ! Quant aux Madrilènes, le parcours a été légèrement plus facile. Après avoir disposé de Galatasaray et du Sporting Portugal, les hommes de Quique Sanchez Flores ont du forcer leur talent et faire parler leur force offensive pour se défaire de Valence, et surtout de Liverpool au bout des prolongations à Anfield. C'est donc une finale inédite pour cette édition 2009-2010. Et même si l'Atletico semble favori, la force collective et le bloc en 4-5-1 de Fulham peut poser beaucoup de problèmes à la technique espagnole.
Souvenir de la finale de 2001 entre Liverpool et Alavès, avec un certain Murphy du côté anglais
[MrFandefoot - ESPN Classic]
Dans une ambiance remarquable et dans un stade Hamburg Arena digne d'une finale, les deux équipes se neutralisaient, une certaine crispation hantant les 22 acteurs de la rencontre. Mais, au fil du temps, les Espagnols allaient appliquer leur force technique et leur vitesse d'attaque pour inquiéter le portier australien de Fulham, Schwarzer. N'arrivant pas à construire vers l'avant, les Anglais monopolisaient le ballon en milieu de terrain. Mais, à trop vouloir conserver la balle, on joue avec le feu. Sur une mauvaise transmission, les Madrilènes récupéraient la balle et mettaient en place leur jeu rapide vers l'avant. Aguero s'engoufrait dans l'axe, avant de décaler subtilement dans la profondeur Forlan. Sa frappe croisée était parfaite, elle trompait même Schwarzer... Mais le poteau en décidait autrement et venait contrarier l'attaquant uruguayen (11'). Plus entreprenants offensivement, les hommes de Quique Sanchez asphyxiaient les Londoniens. Sur un méchant tacle par derrière de Etuhu, Reyes bénéficiait d'un excellent coup-franc, à l'angle de la surface de réparation. Mais sa frappe, qui prenait la direction de la lucarne, était sorti par le portier adverse, qui captait la balle en deux temps (15'). Le match était lancé, d'autant plus que les Anglais allaient enfin se mettre en action. Tout d'abord sur une volée osée de l'international hongrois de Fulham Gera. Mais le ballon passait au dessus des buts de De Gea, pas inquiété par cette tentative (17'). Profitant du bon jeu de pivot et d'appui de Zamora, Davies héritait du ballon aux 25 mètres. Mais sa frappe tendue et cadrée finissait elle aussi dans les gants de De Gea, le jeune portier espagnol (20'). Réveillés par ce sursaut anglais, les Ibériques se remettaient à jouer vers l'avant. Aguero, après un petit numéro dans la surface, mettait trois défenseurs dans le vent. Mais son centre tendu en retrait ne trouvait pas preneur, Forlan étant un crampon trop court (24'). Ce n'était que partie remise pour le duo sud-américain. Sur un bon travail de Reyes, le ballon revenait vers Aguero qui tentait la volée. Mais le gendre du grand Diego Maradona loupait totalement sa volée. Le ballon, involontairement, revenait alors sur Forlan au point de pénalty, qui, comme par miracle, mettait son plat du pied et crucifiait Schwarzer, trop lent sur cette action (1-0, 31'). Dans l'euphorie, les Espagnols se ruaient à l'attaque. Mais trop euphorique, Aguero oubliait Reyes seul à sa droite et tentait sa chance aux 25 mètres. Mais Scwharzer se couchait bien sur la frappe à ras de terre de l'Argentin (33'). Alors que les supporters des Rouge et Blanc donnaient de la voix, les hommes de Hodgson allaient doucher froidement les ardeurs espagnoles. Bien lancé par Konchesky sur le côté droit, Zamora s'emmenait les quatre défenseurs avec lui, mais hésitait trop à frapper. Alors que le ballon semblait perdu, il déviait in extremis la balle vers Gera, qui lui aussi transmettait de justesse le ballon vers Duff. L'Irlandais centrait en plein dans les six mètres, mais Paulo Assunçao dégageait le ballon... sur Davies. A l'affut, le milieu de Fulham reprenait de volée le ballon à l'angle du rectangle des six mètres. Sa frappe, alliant puissance et précision, ne laissait aucune chance à De Gea et redonnait vie au peuple du quartier londonien (1-1, 37'). L'égalisation trouvée, les Anglais reprenaient leur organisation défensive, et laissaient les Espagnols (trop) venir sur leur but. Les Colchoneros accumulèrent alors cinq corners consécutifs, entre la 39' et la 43'. Mais, à chaque fois, la puissance physique et la taille des défenseurs de Fulham faisaient la différence. Et jamais les Madrilènes ne purent concrétiser ces occasions. Seule une frappe de Simao aux 30 mètres venait légèrement inquiéter Schwarzer dans les derniers instants de la première période (44'). Malgré leur domination territoriale, les Espagnols n'arrivaient pas à faire craquer le bloc anglais, robuste et presque sans faille. En trouvant l'ouverture, ils pensaient avoir fait le plus dur. Mais, une nouvelle fois, l'abnégation et l'orgueil des Anglais faisaient mouche, et les Espagnols se faisaient piéger sur l'unique grosse occasion anglaise. Le tout en attendant la seconde période...
Roy Hodgson, le "Magicien" de Fulham, était à un sourire de créer l'exploit [dailymail]
Une prolongation inévitable
La seconde période repartait sur les mêmes bases, avec des Anglais défensifs, procédant en contre et laissant le seul Zamora en pointe devant, et des Espagnols monopolisant le ballon tricotant bien le ballon, avec quelques accélérations sans pour autant trouver la faille dans la tenaille proposée par la tactique de Hodgson. Pourtant, la première grosse occasion était pour Fulham. Bien lancé en profondeur, Gera loupait son contrôle et poussait un poil trop loin son ballon, que De Gea captait en se couchant bien dans sa surface de réparation (52'). Sur cette action, De Gea s'en prit verbalement à Gera, qui avait légèrement laissé traîner le pied, révélant la nervosité qui hante l'enceinte allemande, prouvant que les deux protagonistes ont envie de cette coupe. Dans la foulée, Antonio Lopez, l'arrière gauche, tentait lui aussi sa chance à l'entrée de sa surface. Mais sa frappe, trop écrasée, mourrait dans le petit filet droit du but de Schwarzer, qui accompagna le ballon en sortie de but (54'). Les joueurs de Fulham se montraient plus entreprenants offensivement. Qui plus est, ils récupéraient plus de ballon et jouaient de façon plus intelligente, déstabilisant tout de suite l'équipe espagnole. Mais aucune des deux équipes ne parvenaient à se procurer de réelles occasions. Jusqu'à la volée de Davies... Sur une mauvaise relance dans l'axe de Antonio Lopez, Davies reprenait comme elle venait la balle. Mais De Gea réalisait alors un arrêt miracle incroyable (60'), tel Hugo Lloris en Champion's League contre Bordeaux à Gerland devant Gouffran et Chamakh (le tout pour dire que l'Olympique Lyonnais s'est imposé face à Monaco en match retard de Ligue 1 (3-0) et se rapproche de plus en plus de la Champion's League la saison prochaine). Le match se fermait alors un peu dans le jeu, les mauvais choix, mauvais gestes techniques et les fautes prenant le dessus sur les rares occasions de but, comme celle de Damian Duff (le cousin de John... Méditez!), qui après avoir repiqué dans l'axe, tentait sa chance du gauche, mais le ballon passait à côté des buts de De Gea, vigilant (67'). Les Rojiblancos s'obstinaient à jouer sur les ailes pour centrer dans la surface de réparation via ses arrières latéraux. Mais face aux colosses anglais, ni Forlan, ni Aguero ne pouvaient se saisir du ballon. Les joueurs de Fulham poussaient les Ibériques à déjouer et profitaient des quelques espaces offerts par la défense adverse, sans pour autant faire trembler les filets. Et ce n'était pas le coup franc trop faible d'Aguero qui allait donner quelques sueurs à Schwarzer (74'). Le match tombait en intensité. Mais les remplacements effectués par Quique Sanchez allaient redonner plus d'allant aux Espagnols, assez amorphes et apathiques durant la seconde période. Toutefois, les Cottages ne saisissaient pas ce coup de moins bien, et le match devenait alors équilibré, le résultat restant toujours aussi indécis. Malgré quelques tentatives de Aguero (80') ou de Raul Garcia (86'), le score ne bougeait pas, les Indios s'obstinant encore et toujours à centrer dans la boîte, tandis que les Anglais défendaient sereinement ce match nul. Et ce n'était pas les deux minutes de temps additionnel, et la simulation grotesque de Aguero dans les dernières secondes, qui allaient changer les choses. Ils le cherchaient inconsciemment, ils l'ont trouvé : 30 minutes de prolongations.
Diego Forlan, l'Uruguayen : le grand bonhomme de cette finale [AP]
Diego Forlan, El Salvador del Atlético !
Le début de la prolongation fit ressentir un grand manque physique et un grand manque de jus chez certains acteurs sur le terrain. Quelques situations chaudes, comme une tentative acrobatique de Nevland qui accoucha au poteau de corner (95'), réchauffèrent les spectateurs à Hambourg et maintenaient les téléspectateurs, encore présents, éveillés. Sur le même scénario, les Puppas déjouaient leur football, et persévéraient par la multiplication de centres de Ujfalusi qui ne trouvaient que le seul et unique Hangeland, qui ne laissait aucune chance aux pauvres Aguero et Forlan. En face, la bande à Hodgson se contentait de bien défendre, et tentait de négocier, souvent mal, quelques contres intéressants. La première grosse chaude alerte fut sur les buts de Schwarzer avec Forlan, qui dans un angle impossible, tentait la frappe. Le gardien australien repoussait, et Aguero était à un lacet de pousser le ballon au fond des filets (101'). Peu, trop peu pour pouvoir espérer prendre l'avantage et éviter les tirs au but. Surtout, les organismes se fatiguaient, et faire la décision, pour l'une ou l'autre l'équipe, semblait de plus en plus difficile à effectuer. Et quand Aguero recevait un bon ballon à terre, dans la surface, il y avait toujours Hangeland pour contrer sa tentative (104'). Dans la foulée, Forlan s'enfonçait dans la surface et déposait Baird. Son centre en retrait déstabilisait Schwarzer qui perdait ses appuis. Mais Toto Salvio loupait son plat du pied, et Aguero voyait son pointu terminer dans les petits filets latéraux (105'). Ouf' de soulagement des Cottages et de ses supporters, qui maintenaient le nul à la mi-temps de la prolongation. Il ne restait plus que 15 minutes pour offrir le trophée à son équipe. Chose que Etuhu cru faire pour les siens... mais De Gea sauvait les Madrilènes par une sortie salvatrice dans les airs sur un coup-franc bien tiré par Murphy (108'). Sur une nouvelle offensive espagnole, Ujfalusi voyait (enfin !) son centre trouver un coéquipier en la personne de Diego Forlan. Mais l'Uruguayen, excellent sur cette finale, tentait une reprise instantanée qui s'envola dans les nuages gorgés de pluie de Hambourg (111'). On se satisfait de ce que l'on peu en termes d'occasions... Jusqu'à l'éclair sud-américain de l'Atletico Madrid ! Sur une longue balle en profondeur de Jurado, Aguero s'arrachait et sauvait le six mètres. Il se jouait de Baird et centrait en retrait vers Forlan. L'uruguayen réalisa alors une magique Madjer juste devant Hangeland au premier poteau. Schwarzer, masqué, ne pouvait rien (2-1, 116'). Le coup de massu était terrible pour les Anglais. Le magicien Hodgson ne réalisera pas l'exploit de rapporter une coupe européenne à Fulham pour leur première participation en finale de Coupe d'Europe. Surtout, qu'en étant seulement 12° de Première League, les Cottages ne joueront pas l'Europe la saison prochaine. Une sacrée belle aventure qui se termine en queue de poisson... La faute à un seul homme : Diego Forlan. L'Uruguayen inscrit donc l'Atlético dans le palmarès de l'Europa League, la première du nom. Surtout, Forlan a montré qu'il était forme et annonce la couleur pour l'Afrique du Sud. Autant dire que les Français sont prévenus pour la Coupe du Monde.
Atlético Madrid - Fulham : 2-1 (1-1 ; 1-1)
Arbitre : M. Rizzoli
Affluence : 49 000 spectateurs
Buts : Forlan (31', 116') pour Atlético Madrid ; Davies (37') pour Fulham
Avertissements : Toto Salvio (106'), Perea (114'), Forlan (117'), Raul Garcia (120') pour Atlético Madrid ; Hangeland (63') pour Fulham
Atlético Madrid : De Gea - Ujfalusi, Perea, Dominguez, A. Lopez - Reyes (Toto Salvio 78'), Assunçao, Raul Garcia, Simao (Jurado 68') - Forlan, Aguero (Valera 119').
Fulham : Schwarzer - Baird, Hugues, Hangeland, Konchesky - Duff (Nevland 83'), Etuhu, Murphy (Greening 118'), Davies - Gera - Zamora (Dempsey 55').