Rugby : Biarritz Olympique - Stade Toulousain (finale de la H Cup)
La patte de Skrela

19 - 21 ![]()
By Fabien CHAUVEL
Le Stade de France espérait de cette finale qu'elle soit à la hauteur de toutes les espérances entrevues côté français depuis le Tournoi des VI Nations. Les presque 80 000 spectateurs souhaitaient un spectacle majestueux dans une cérémonie magique, histoire de montrer à toute l'Europe du rugby (surtout les Anglais et les Irlandais) l'hégémonie du jeu français. Mais cette seizième finale de la H Cup n'aura finalement pas su répondre à toutes les attentes. Une pression trop grande, un engouement trop grand et une finale qui n'aura vécu qu'un petit quart d'heure en tout et pour tout, avec un finish au bout du suspens dans un Stade de France au bord de la crise de nerfs. Peu de jeu en mouvement, des fautes de mains, des en-avant en-veux-tu-en-voilà, des hors-jeu à la pelle et même du placage sans ballon, les joueurs présents sur la pelouse n'ont pas franchement aider à rendre le spectacle attrayant sur le plan du jeu rugbystique. Et dans ces cas-là, le bon vieux dicton reprend ses droits. Dans le football, la règle première est : "Le football se joue à 11, et au final, c'est toujours l'Allemagne qui gagne". Au rugby, on a le droit à la même variante : "Le rugby se joue à 15, et au final, c'est toujours le Stade Toulousain qui gagne." Et le Stade Toulousain s'est adjugé son quatrième sacre sur la scène européenne en usant en seconde période le Biarritz Olympique accablé en mêlée. CQFD. Sans oublier l'arbitre anglais Wayne Barnes, qui a orchestré cette rencontre à coup de sifflets tels les Gendarmes de Saint-Tropez de De Funès et Galabru pour punir de pauvres Biarrots comme on punit un minot qui a pris dans la caisse. Fébrile dans les enchaînements, trop prévisible tactiquement, dépassé en mêlée, le BO a souffert d'un manque de maturité du (très) haut niveau. Et en finale de H Cup, cela ne pardonne plus (pas).
Hunt sort du buisson basque... trop tard !
Au chapitre des clés de la rencontre, la conquête avait été ressassée par les deux staffs. De la rumination des mêlées, les Rouge et Noirs ont mis une pression inhabituelle sur la première ligne du BO (10', 31', 61'). Les avants basques baissaient la tête au fil des minutes pour ne pas contempler les triomphes des Lecouls, Poux et William Servat (élu homme du match cela soit-il dit en passant). L'impact physique n'y était pas côté biarrot, et pour résister tant bien que mal à la fougue toulousaine, les hommes de Jack Isaac multiplièrent les fautes et autres expédients pour rester dans lutte au titre. Le seul point noir constaté pendant cette finale, c'est indéniablement la touche du Stade Toulousain, avec un alignement réduit, qui a en revanche confirmé les absences des sauteurs de la troupe à Guy Novès, à l'image de ce lancer perdu (48') qui provoqua l'exclusion temporaire de Pato Albacete par un carton jaune. Malgré cette réduction numérique à 14 contre 15, les Toulousains trouvaient les ressources et le talent de David Skrela pour conserver un avantage qui s'avérera décisif. Pendant les dix minutes d'infériorité, l'ancien parisien trouve la classe, l'audace et la maîtrise d'aligner deux drops pour donner six points (décisifs) d'avance sur l'adversaire basque. Et la défense des anciens triples champions d'Europe a fait le reste pour sauvegarder ce nouveau sacre continental, le quatrième. Bien compacts et ne laissant aucun espace, les Haut-Garonnais et Florian Fritz ont retourné chaque assaut biarrot avec tellement de hargne et de force que les Basques ont failli se retrouver au Blancmesnil. Toulouse aura donc maîtrisé son sujet et scellé son succès là où les Biarrots avaient pris pour habitude d'exceller : le réalisme. Malgré aucun essai marqué, la botte de David Skrela (4/6 sur pénalités) a assommé les Basques avec ses drops (2). Et même le sans-faute de Dimitri Yachvili (4/4), ce match-player d'Aguiléra, n'a pu sauver Biarritz de sa tactique uniforme. Réveillé par le sortilège d'un coup de rein sur trente mètres, Karmichael Hunt aurait pourtant aimé saborder les espoirs de Dusautoir and Co' en aplatissant dans l'arrière-pays toulousain (73e, 21-19). En vain, l'Europe est bien rouge et noir. Et face à cette tribune enivrée par les airs de Nougaro, les Toulousains en sont les rois...
Biarritz Olympique - Stade Toulousain : 19-21 (9-12)
Arbitre : M. Barnes
Affluence : 78962 spectateurs
Essai : Hunt (73') pour Biarritz
Transformation : Courrent (73') pour Biarritz
Pénalités : Yachvili (4', 16', 29', 49') pour Biarritz ; Fritz (21'), Skrela (32', 35', 68') pour Toulouse
Drops : Fritz (39'), Skrela (52', 58')
Avertissements : Albacete (48') pour Toulouse
Biarritz Olympique : Balshaw - N'Gwenya, Mignardi, Hunt, Gobelet (Bidabé 58') - Peyrelongue, Yachvili (Courrent 71') - Harinordoquy, Lauret (Faure 60'), Lund - Hall (Carizza 60'), Thion - Johnstone, August (Terrain 68'), Coetzee (Barcella 51').
Stade Toulousain : Poitrenaud (Heymans 68') - Clerc, Fritz (David 71'), Jauzion, Médard - Skrela, Kelleher - Sowerby (Picamoles 71'), Dusautoir, Bouilhou - Albacete, Milo-Chluski (Maestri 58') - Lecouls (Johnston 64'), Servat (Vernet Basualdo 73'), Poux (Human 61').
Kelleher et Skrela, coupe en main : la charnière gagnante des Rouge et Noir de la Ville Rose [EQ]
PS : Dans l'actualité rugby, en finale du Challenge Européen, Toulon s'est malheureusement incliné face à Cardiff (21-28). Pourtant dominateurs en première période, les hommes de Philippe Saint-André n'ont su convertir leurs moments forts et ont manqué de cohésion collective dans les moments importants. Qui plus est, Johnny Wilkinson s'est blessé, ce qui a grandement changé la donne dans la suite de la rencontre. C'est donc un nouveau rendez-vous manqué pour Mignoni and Co'. Mais nul doute que d'autres finales attendront les Toulonnais dans les temps à venir.
Aussi, au niveau national, je tenais à souligner la très belle performance de La Rochelle, le club de rugby de mon coeur (me demandez-pas pourquoi, c'est une longue histoire. J'aime. Point Barre . |). Après avoir échoué en play-off d'accession l'an dernier, les Maritimes n'ont pas tremblé cette fois-ci en finale contre le LOU (32-26). A Brives, c'est tout un peuple Jeune et Noir qui a déferlé sur la pelouse au coup de sifflet final. Cruel pour les Lyonnais, fantasmagoriques pour mes Rochelais. Au bout d'un suspens haletant, des renversements de situation assez fous, les hommes de Milhas et Darricarrere ont su tirer leur épingle du jeu pour s'approprier le ticket magique. Vivement la saison prochaine !
La Rochelle a su prendre les devants pour prendre la direction du Top 14 [EQ]