Tennis : Finale de la Coupe Davis Serbie-France
Un dimanche de Serbe...
3 - 2
By Fabien CHAUVEL
Ce n'était donc qu'un rêve. Cruel. La réalité du court était serbe : deux derniers matches, trois petits sets pour Novak Djokovic contre Gaël Monfils (6-2, 6-2, 6-4) et Viktor Troïcki contre Michaël Llodra (6-2, 6-2, 6-3). En larmes après trois sets expéditifs où jamais il ne fut réellement rentré dans son match, Michaël Llodra s'écroule sur sa chaise, tous ses coéquipiers l'entourent. Guy Forget, son capitaine et Julien Benneteau en tête de file. La tête dans sa serviette, il ne veut pas voir la joie adverse. Entouré par toute l'équipe, il quitte le court les jambes flagada tagada, ne voulant plus goûter toute cette ambiance pro-serbe, aux sons des tondeuses à cheveu en plein court. Arnaud Clément lui porte ses raquettes, Lionel Roux lui ramène son sac et Jo-Wilfried Tsonga lui tient son haut de survêtement. Il n'a plus la force. Novak Djokovic, sauveur de la patrie, et Viktor Troïcki, héros national, dansent, chantent, se congratulent et savourent la première Coupe Davis de la Serbie. Le numéro 3 mondial tient son pari et part chercher des chaises. Il avait promis la victoire. Il a gagné ses deux points en patron sans perdre un set. Il avait promis une coupe de cheveux collective. Il a perdu tous ses cheveux comme toute son équipe. La foule est en délire. Tout à leur joie, les Serbes oublient d'aller saluer les Bleus à l'exception de Viktor Troïcki et Nenad Zimonjic, futur partenaire de Michaël Llodra en double. Manque de fair-play ? Je ne pense pas. Plutôt plongé dans l'euphorie collective qui baignait à Belgrade. Plutôt une envie de communier cette victoire avec un public à la hauteur de cette finale, chambrant et sifflant (trop) les Français au service. Chaud, mais pas trop. En tout cas moins que ce que l'on pouvait craindre. Ce dimanche, Gaël Monfils et Michaël Llodra n'ont pas eu les armes. Gaël Monfils réalise un bon match, mais Novak Djokovic est trop fort. Michaël Llodra ne peut pas s'exprimer. Tout est apparu trop lent : le court, les jambes et son calvaire. Très nerveux en double, Viktor Troïcki se montre impérial en simple. Calme et posé, il sert bien et retourne à merveille. Son revers s'apparente à un poison violent. Michaël Llodra ne trouve aucune faille. Même son break en début de deuxième set pour mener 2-0 n'est qu'un feu de paille. Viktor Troïcki enchaîne huit jeux d'affilée et termine par un dernier retour gagnant en revers. Tout ce que tentait Viktor était magique, splendide. Du Top Niveau tennistique. C'est simple... Quand Llodra tentait un coup, elle prenait la bande du filet ou sortait pour quelques millimètres. Quand Troicki tentait un coup, elle touchait le filet, pour retomber du bon côté et mystifier Llodra ou accrochait la ligne pour un millimètre. Cruel. Le Français est plombé, son rêve de gamin vient de s'effondrer, le Saladier d'Argent est serbe. Et le score reflète la réalité. Toutes interrogations sur le choix du capitaine pour le dernier simple ne peuvent cacher cette réalité : les Serbes étaient plus forts. Simplement. Car Gilles Simon aurait-il fait mieux ? Les Serbes auraient-ils aligné Troicki ou plutôt Tipsarevic ? Trop de questions qu'on ne peut plus élucider. Maintenant. Il savoir perdre. "En hommes" conclut Llodra, le Malheureux.
Toute la détresse de Mika Llodra, soutenu par Forget et Benneteau, avec un Gasquet hagard [D. Dilkoff]
Guy Forget n'est pas Domenech
Menés 2-1 après la défaite en double samedi de Viktor Troicki et Nenad Zimonjic, les Serbes n'en sont toujours pas revenus d'avoir remporté leur première Coupe Davis au terme d'un dimanche riche en émotions. «Après le dernier point, c'était juste irréel, commentait Viktor Troicki, l'homme du troisième point. Ce fut la plus grande expérience de ma vie. Je n'arrive toujours pas y croire. Ça viendra probablement demain ou dans les prochains jours, je vais commencer à sentir les émotions.» Véritablement sur un nuage, Viktor Troicki refusait cependant d'endosser l'habit du messie. «Je ne suis pas un héros. Beaucoup d'émotions me sont venues avant le match. Je me souvenais que quand j'étais enfant, je rêvais de disputer ce genre de rencontre, un match aussi important pour mon pays. Aujourd'hui, j'ai eu cette chance.» Bogdan Obradovic ne s'en voulait décidément pas d'avoir choisi l'option Troicki pour le match décisif. «Je pense que Viktor a joué le meilleur tennis de sa vie aujourd'hui», cédait un capitaine qui a opté pour le choix démocratique. «Nous avons pris cette décision quelques minutes après la victoire de Novak. Mais la nuit précédente, nous avons parlé tous ensemble et il y a eu une énorme connection émotionnelle dans mon équipe, et ils ont vraiment été honnêtes entre eux.» Car jusqu'au bout, les Serbes ont caché leur jeu. Pas de Troicki ni de Tipsarevic dans le clan serbe pour le match de 'Nole'. Tout deux cachés dans le vestiaire pour cacher la stratégie serbe. Tout le contraire de Guy Forget, qui d'office, à dévoiler son option Llodra. Guy n'aime pas le bluff. Et a perdu au poker menteur. Sachant que Simon n'avait jamais perdu contre Troicki, nul doute ne fait que Tipsarevic aurait joué si Simon avait été aligné. Et entre les deux, Gilles, le beau gosse le plus sexy et préféré de Mam'Zelle Audrey, avait certainement les meilleures chances. Mais on ne refait pas l'Histoire. Une chose est donc sûre, Guy Forget n'est pas Domenech. Il ne fera pas de tournoi de poker sur Bwin. Et puis si la France en était là, en finale, elle le devait grandement à Llodra. Alors... Expéditif comme Troicki dimanche, Djokovic, le leader de la Serbie, n'est pas pour rien dans ce revirement. «Vous pouvez encore sentir la déception après ce match de double parce que nous étions si près de gagner. Après il y avait tellement de pression de jouer devant notre foule. Pour être capable d'exécuter ce que nous avons fait aujourd'hui dans de telles conditions, c'est juste trop bon.» Trop bon de voir un peuple entier chavirer avec une équipe soudée qui a apporté à la Serbie son premier Saladier d'argent. Pour la dixième, on attendra alors... Il faudra d'abord éliminer l'Autriche de Melzer en avril prochain. Pas insurmontable, mais méfiance. Les Serbes nous l'ont fait comprendre...
Les Serbes, tout crâne rasé, arborent LEUR Saladier d'argent [AFP]