Football : Coupe du Monde FIFA 2010 (Groupe G)
Le groupe de la mort qui a tué le beau jeu...
By Fabien CHAUVEL
On pouvait espérer quoi de ce Groupe G, ce groupe qualifié de Groupe de la Mort. Après un début de Coupe du Monde assez terne et morne en terme de football (sans figure de style volontaire), tout spectateur, tel que moi, rêvait de voir enfin du véritable football, de la touche de balle, des occasions en-veux-tu-en-voilà, des buts. Prendre du plaisir quoi ! Surtout avec la Côte d'Ivoire, le Portugal et le Brésil, on s'attendait à beaucoup de choses. A trop de choses certainement. Certes, on a vu un match assez agréable à regarder entre Ivoiriens et Portuguais, avec quelques beaux mouvements et quelques occasions. Mais trop peu de bonnes choses pour deux équipes du calibre de celles-ci. Surtout, on a vu un jeu hypra-hyper-supra-super-physique des coéquipiers de Didier Drogba, hâchant le jeu face à une équipe portuguaise vieillissante. Concernant le Brésil, Dieu que la surprise a été grande ! Il est vrai que la période de la Seleçao du football samba est terminé. Et le pire dans l'histoire, c'est que les Nord-Coréens ont failli réaliser le coup du siècle. Et cela n'aurait pas été volé... Retour sur ces deux matchs du Groupe B avec un résumé accompagné de la fiche technique, de l'homme du match et du traditionnel "boulet" du match que j'affectionne tant.
"Un bon 0-0" comme dirait Thierry Rolland
0 - 0
Dans cette petite finale du groupe, où le vainqueur prendrait un avantage décisif pour la deuxième place qualificative derrière le Brésil, c'était les Lusitaniens qui prenaient les choses en premier en main. Avec son maître artificier Cristiano Ronaldo. Le Merengue de Madrid trouva le poteau sur une frappa à la fois terrible parfaite des 25 mètres, après une subtile talonnade pour lui-même (11'). On croyait le prodige lancé... Pourtant, ce sera son seul fait de match positif pendant 90 minutes. Sans lui, le Portugal a alors peiné après un premier quart d'heure convaincant. Les Ivoiriens (qui ne son pas aveugles...) sortèrent alors de leur timidité et se procuraient deux occasions par Tiéné le Valenciennois (14') et Tioté, le joueur de Twente (16'), mais hors-cadre. La suite de la première période fut une succession de coups de sifflet de Monsieur l'arbitre pour des multiplications de fautes, dont une de Demel sur Ronaldo qui provoqua la colère du Portuguais (20'). C'en était tout pour une première mi-temps qui avait bien commencé, mais décevante au final avec zéro tir cadré. Une prestation moyenne logique, tant Drogba a manqué aux Eléphants, et tant Ronaldo et Deco ont été transparents. En seconde période, par leur physique, les hommes de Sven-Göran Eriksson prenaient le dessus sur des Portuguais de plus en plus pâlots. Kalou, après un travail de jeu de jambes de Yaya Touré, tentait sa chance plein axe au 18 mètres. Mais Eduardo, bien posé sur ses appuis, se saisissait du ballon (53'). Les hommes de Carlos Queiroz tentait de réagir par Liedson, mais sa tête en arrière lobée était captée par Copa d'une envolée plus spectaculaire qu'utile (57'). Les Africains reprenaient leur marche en avant, dans le but de suivre les pas du Ghana, seul pays africain victorieux de cette Coupe du Monde africaine. Par deux fois, Gervinho manquait de faire trembler les filets. Tout d'abord, après avoir amusé Paulo Ferreira et Ricardo Carvalho, il s'infiltra dans la surface avant de centrer. Son centre était légèrement déviée et Jabulani rasa la lucarne des buts d'un Eduardo hors du temps (58'). Sur le corner de Tioté, Gervinho reprenait le cuit de la tête, mais le ballon s'envola au-dessus de la transversale (59'). Malgré une ultime tentative de Yaya Touré des 25 mètres à côté (66') et de Drogba dans les dernières minutes d'une frappe trop croisée, les Ivoiriens ne parviendront pas à percer le rideau défensif lusitanien. Sur la fin, les Portuguais auraient pu réaliser le gros coup, mais ni Raul Meireles (78'), ni Cristiano Ronaldo (80') ne trouvaient le cadre des 30 mètres. Au final, avec seulement une frappe réelle cadrée de chaque côté, ce match nul est plus que logique et mérité. Les Eléphants ont peiné par le manque d'appui offensif que ne peut apporter Dindane, mais que peut apporter Drogba. Alors que la Seleçao das Quinas a cruellement manqué de vivacité au milieu de terrain, avec un Cristiano Ronaldo mangé par le physique adverse, et un Deco transparent. Il va falloir pour ces deux sélections aller accrocher des points au Brésil et à la Corée du Nord. Et même cela, c'est pas gagné d'avance...
Malgré la tension d'une telle compétition, c'est bons amis que se sont quittés Ivoiriens et Portuguais [Reuters]
Côte d'Ivoire - Portugal : 0-0 (0-0)
Arbitre : M. Larrionda (Uru)
Affluence : 37 034 spectateurs
Avertissements : Zokora (7'), Demel (20') pour la Côte d'Ivoire ; Cristiano Ronaldo (20') pour le Portugal
Côte d'Ivoire : Copa – Demel, Kolo Touré (cap.), Zokora, Tiené – Eboué (Romaric 88'), Yaya Touré, Tioté – Gervinho (Keita 82'), Dindane, Kalou (Drogba 65').
Portugal : Eduardo – Paulo Fereira, Bruno Alves, Ricardo Carvalho, Fabio Coentrao – Deco (Tiago 61'), Pedro Mendes, Raul Mereiles (Amorim 85') – Cristiano Ronaldo (cap.), Liedson, Danny (Simao 55').
Homme du match : Gervinho (Côte d'Ivoire) : Il a tout simplement été le joueur le plus en vue de la partie. Toujours mobile, il nous a fait ce qu'il sait faire à Lille. De la percussion balle au pied, des dribbles toujours productifs, des appels pour déstabiliser, fragiliser et fatiguer une défense, il a tout fait. Positionné en attaquant droit, alors qu'il préfère le côté gauche, il a parfaitement rempli sa tâche. Il a eu plusieurs occasions, sans pour autant faire trembler les filets. Dommage, car tous ses efforts méritaient d'être récompensés d'une meilleure manière.
Boulet du match : Cristiano Ronaldo (Portugal) : Très curieux de voir un tel joueur se retrouver Boulet d'un match de football. Pourtant, je crois qu'il le mérite. Pour tous ses fans, je vous rassure, vous pourrez me saigner à blanc dès la victoire finale des Portuguais le 11 juillet (n'est-ce pas Marine !). J'aurais pu aussi nommer Danny ou Deco côté portuguais, tellement ces joueurs ont eux aussi été transparents. Côté ivoirien, Dindane a gagné quasiment aucun duel et pouvait aussi prétendre à ce titre. Mais Ronaldo le mérite plus que les autres pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il a déclamé haut et fort qu'il sera le meilleur joueur de la Coupe du Monde. C'est pas avec une pauvre frappe sur le poteau en 90 minutes qu'il fera ses preuves... Aussi, son attitude arrogante m'a grandement déplu. Mais cela, on ne le changera pas chez lui. Certes, avec Guy Demel, il y a faute de l'Ivoirien. Mais Ronaldo doit-il se relever et insulter le joueur adverse par des "Fuck Off !" très lisibles sur ses lèvres (et vous auriez-vu sa tête...). Enfin, il a perdu pas mal de duels et n'a guère pesé dans le jeu des lusitaniens. Une déception parmi les nombreuses côté portuguais, puisque le seul Raul Mereiles a semblé au niveau. Inquiétant.
Cristiano Ronaldo peut se plaindre de l'arbitrage : insulter un joueur mérite le carton jaune [Micha Yakowenko]
Attachants et coriaces Nord-Coréens !
2 - 1
Opposé à la Corée du Nord pour son entrée en lice en Coupe du monde, le Brésil se devait de briller et s'imposer avec la manière face à une nation strictement méconnue au niveau international. Surtout que la Seleçao est annoncée (notamment par moi-même) comme l'un des grandissimes favoris avec l'Espagne, les Pays-Bas et l'Allemagne (par la majorité des journalistes spécialisés), et l'Italie (par moi-même encore). Dès l'entame de match, les quintuples champions du monde monopolisaient le ballon sous l'impulsion de Robinho, joueur le plus créatif de l'équipe alignée par Dunga, où Elano, Felipe Melo et Gilberto Silva étaient chargés de contrôler le milieu de terrain. L'ancien joueur du Real de Madrid et de Manchester City fut d'ailleurs le premier le premier à se mettre en action, sans pour autant trouver le cadre (7'). En face, les Nord-Coréens ne se contentaient pas d'admirer la circulation de balle stérile de leurs adversaires et faisaient même mieux que soutenir la comparaison, en relançant proprement et en jouant simple. Au point que le souvenir de leur victoire surprise face à l'Italie en 1966, pour leur dernière apparition à une Coupe du monde, se faisait de plus en plus vivace à mesure que la mi-temps approchait. D'ailleurs, Jong Tae-Se fut tout proche d'ouvrir le score, mais Julio César veillait (11'). Malgré des occasions de part et d'autres, notamment Robinho en pivot dans la surface (20'), Maicon à l'angle de la surface de réparation (27') ou encore Michel Bastos dont la frappe déviée rasa la lucarne de Ri Myung-Guk (34') côté brésilien, et de la part de Ri Jun-Il (17'), de Mun In-Guk (19') et de Ri Kwang-Chon (31') côté nord-coréen, le score restait nul et vierge. Et de façon logique qui plus est, avec des Nord-Coréens disciplinés, propres tactiquement et valeureux. La seconde période fut par contre tout à l'avantage des Brésiliens, les Nord-Coréens étant en difficulté physiquement parlant. Le Brésil tenta alors beaucoup avec Bastos (51') et Robinho (52'), mais continuait de buter sur l'hermétique défense nord-coréenne et ne paraisait pas en mesure de forcer rapidement le verrou. Jusqu'à ce que Maicon ne déboula côté droit et trouva l'ouverture d'une frappe dans un angle très fermé qui passa entre le poteau et le malheureux gardien Ri Myong-guk, qui avait anticipé le centre et laissé de l'espace (1-0, 55'). Tout en restant ennuyant à voir évoluer, le Brésil gérait son avantage en maintenant le 0-0. C'était sans compter sur Robinho, le joueur de Santos, qui d'une passe lumineuse dans le dos de la défense nord-coréenne répondit à l'appel d'Elano, venu du côté droit pour ajuster Myong-Guk une seconde fois (2-0, 72'). La messe semblait être dite, et l'on pouvait craindre une énorme valise pour les Asiatiques. Nilmar, par deux fois, loupa d'ailleurs le coche, contrarié par un un gardien adverse vigilant (79', 85'). Pourtant, ils furent tout prêts de se faire surprendre par des Nord-Coréens valeureux. Sur un long ballon Jong Tae-Se se présentait seul face à Julio César, mais Juan sauva en castastrphe (86'). Le défenseur central de l'AS Rome était en revanche trop court lorsque Ji Yu-Nam hérita aux abord de la surface d'un ballon dévié de la tête par Jong Tae-Sae. Il se libèra de Lucio d'une feinte de frappe et vînt fusiller Julio Cesar (89'). Et le Brésil trembla jusqu'au bout, mais Jong Tae-Se manqua de lucidité pour égaliser (90'+1). Une prestation plus qu'en demi-teinte pour la Seleçao qui n'a pas répondu présent au rendez-vous. Quant à la Chollima, elle se présente comme un adversaire redoutable pour le Portugal et la Côte d'Ivoire...
Elano double la mise et assure la victoire brésilienne [Reuters]
Brésil - Corée du Nord : 2-1 (0-0)
Arbitre : M. Kassai (Hun)
Affluence : 54 331 spectateurs
Buts : Maicon (55'), Elano (72') pour le Brésil ; Ji Yun-Nam (89') pour la Corée du Nord
Avertissements : Ramires (88') pour le Brésil
Brésil : Julio César – Maicon, Lucio (cap.), Juan, Michel Bastos - Elano (Dani Alves 72'), Gilberto Silva, Felipe Melo (Ramires 84') - Robinho, Luis Fabiano, Kakà (Nilmar 78').
Corée du Nord : Ri Myung-Guk – Cha Jong-Hyok, Pak Chol-Jin, Pak Nam-Chol, Ri Kwang-Chon - Ri Jun-Il, Mun In-Guk (Kim Kum Il 80'), Ji Yun-Nam, Hong Yong-Jo (cap.), Ahn Young-Hak – Jong Tae-Se.
Homme du match : Jong Tae-Se (Corée du Nord) : Ce joueur m'a touché dès l'hymne national nord-coréen. Ses larmes et son émotion lors de son entrée du terrain m'ont grandement touche (je suis (trop) sensible, je sais...). Et puis quelle histoire personnelle... L'attaquant du Kawasaki Frontale, surnommé le "Rooney de la Corée du Nord", est d'origine... sud-coréenne et vit au Japon. Pourtant, il a décidé de porter le maillot nord-coréen. Une situation assez extraordinaire, vu la situation diplomatique et géopolitique de ces deux nations depuis la Deuxième Guerre Mondiale, la Guerre Froide, le communisme, les Etats-Unis, etc... Drôle d’histoire que celle de ce joueur qui choisit de jouer pour le plaisir et la satisfaction personnelle dans un pays où l’homme est au service du pays et où la détermination personnelle est presque considérée comme une insulte au régime…Plus que son histoire, c'est son niveau sur le terrain qui m'a étonné, voire impressioné. Lui qui s'était fait remarqué par deux quadruplés successifs contre la Mongolie et Macao pour ses deux premières apparitions sous le maillot de la Chollima, a été le joueur le plus remuant sur le terrain avec Robinho, le Brésilien. Toujours en quête de ballons, et pas avides d'efforts, il s'est d'ailleurs procuré la première occasion nord-coréenne. Offrant beaucoup de possibilités, s'attachant à la tâche défensive avec beaucoup de sérieux, il a réalisé une première mi-temps pleine en jouant toujours juste. En seconde période, il a souffert physiquement avant de renaître sur les dix dernières minutes. Il failli même réduire le score sans le retour de Juan, avant d'être passeur décisif pour Ji Yun-Nam. Il aurait pu être le sauveur de tout un peuple avec plus de lucidité dans les arrêts de jeu. Attachant, il peut faire aimer ce pays qui semble si fermé.
Boulet du match : Kakà (Brésil) : Lui, c'est tout le contraire que mon homme du match, Jong Tae-Se. Son histoire qui s'écrit à coups de milliards est en train de brûler littéralement à coups de critiques, plus vives les unes que les autres. Pendant le match, j'ai d'ailleurs trouvé une comparaison que je trouve très juste : Kakà, c'est le Gourcuff brésilien. Un peu banni du groupe, mauvais sur le terrain, mais toujours titulaire. Exactement pareil. Le plus incroyable, c'est la façon dont il a régressé depuis son titre de Ballon d'Or. On ne le reconnaît plus. Ce mardi soir, sur le terrain, il a été tout simplement transparent, ne réussissant aucune passe, ne gagnant aucun duel et se faisant contrer systématiquement. Lent, emprunté, imprécis et fatigué, il semble totalement dépassé par l'événement. Avec un meneur de jeu de la sorte, pas étonnant que le Brésil soit lui aussi si décevant...
Jong Tae-Se, un joueur au parcours peu banal et très touchant [PJ]
Classement Groupe G :
1- Brésil 3 points (+1)
2- Côte d'Ivoire 1 point (0)
3- Portugal 1 point (0)
4- Corée du Nord 0 point (-1)
Et pour le plaisir, le but d'école des Nord-Coréens... "Oula, Lucio reste dans les starting-blocks" - J-M.L
